samedi 14 avril 2007

Récit d'un échec (24h de Saint Fons 2007)

Lansargues, le 14 avril 2007.

J’écris ce CR pendant que d’autres courent à Belvès. Une petite pensée pour eux….

Un ami m’a demandé si ça fonce à St Fons ?

Pour sur, et droit dans le mur même en ce qui me concerne!

Le bilan est très mitigé ; sur le plan sportif, ce n’est pas une réussite ; en revanche,  j’ai poursuivi mon apprentissage autour d’une épreuve aussi exigeante que celle que représente les 24h. J’en retiendrai quelques leçons... et tâcherai en élève plutôt studieux de ne pas les oublier à l’avenir.

Mais avant d’écrire mon récit de course, il est très important pour moi de m’excuser auprès de certains coureurs et suiveurs,  remercier Patrice, Dominique, Alain et Christine et féliciter les coureurs présents ce jour là à St Fons.

Je commence par Patrice. Merci Pat pour ton aide incommensurable ; tu m’avais mis dans des conditions idéales pour réussir mais je n’ai su faire honneur à ta précieuse aide ; alors à la fois mille excuses et mille mercis. J’espère qu’un jour je pourrai te rendre la pareille…et j’espère surtout que nous aurons l’occasion de tourner ensemble sur un circuit une fois que tu auras retrouvé toutes tes capacités à enchaîner km après km.

Des excuses pour Guy également qui a partagé avec moi une terrible désillusion. Je n’ai pas osé te réveiller à 6h du mat dans le gymnase tant tu paraissais bien te reposer. Tu aurais pu faire quelques km de plus, mais je pense que tu partages avec moi le fait que ce n’était pas bien important à ce moment là de la course.

Des excuses ensuite aux copains UFO de Steph Halbaut qui sont venus me saluer avant la course et que je n’ai pas suffisamment encouragés faute de na pas bien les connaître. Désolé messieurs !

Remerciements ensuite à Dominique, notre Marmotton, qui s’en est allé prendre une coupe de champagne ou autre boisson euphorisante accompagnée de gâteaux apéro, avec Gérard C au cœur d’un arbre, à l’abri des regards ou presque. Vous avez du y passer un bon moment et vous avez bien fait!!! Merci pour toutes ces photos et l’aide que tu as apporté à chacun d’entre nous.

Remerciements et félicitations à Alain et Christine, pour toute leur organisation, leur dévouement pour permettre à leur épreuve de subsister… Merci et chapeau bas ! Vous le méritez amplement… Même sans label !

Merci à Anne Cécile qui s’est levé aux aurores pour venir me rejoindre avec nos filles sur le circuit et qui m’a accompagné une heure et demie jusqu’au coup de pistolet final… Merci de t’être « sacrifiée » pour me permettre de participer à une épreuve à laquelle tu aurais probablement pu prétendre à un podium. MERCI ! Promis, la prochaine fois, c’est ton tour !

Félicitations à Josianne ; tu as rempli ton contrat ou presque (put… d’ampoule !!!). Bravo pour ta 2ème place, ton kilométrage et tes nombreux sourires.


Félicitations aux deux Philippe WAREMBOURG et LECLERC respectivement premier et second du classement ; j’avais la chance de vous connaître tous les deux. Vous avez quelque chose qui me fait défaut pour l’instant sur ce type d’épreuve ; un mental fort ! Je suis très heureux que ce soit vous qui ayez gagné votre place sur le podium. Comme vous avez su le dire à la remise des prix, il s’agissait là de votre premier podium dans votre « carrière » de coureur, mais vous pouvez en être fiers. Vous la méritez amplement, tout comme le troisième de l’épreuve (un des copains de Stéphane Halbaut).

Félicitations à Willy, notre marcheur belge qui termine quatrième, toujours en marchant. C’est très fort !

Félicitations à tous ceux qui étaient présents ce jour là sur le circuit et autour du circuit ; 24h, c’est court et long à la fois suivant ce que l’on fait. Merci à vous tous avec lesquels j’ai eu la CHANCE DE COURIR et de partager tout ça.

La course idéale telle que je l’avais programmée dans ma tête pour passer le cap des 200km était la suivante : 9km/h de moyenne pendant les 12 premières heures et 8 km/h pendant les 12 dernières.

Parti à 10 km/h de moyenne, je respecte scrupuleusement cette vitesse pendant 100km.

Première leçon : te laisse pas griser par la course, respecter le plan de vol. Erreur fatale ! 9km/h de moyenne, ce n’est pas 10…Grossière erreur de débutant ! A quoi ça sert que Bruno HEUBI se décarcasse !!!

L’après-midi, la température est voisine de 25°C à l’ombre, le soleil tape fort, si bien que j’aurai des coups de soleil sur les épaules. Pour ce qui est du ravitaillement, j’ai pas grand chose à faire, Patrice B, mon suiveur et chronométreur pour l’occasion s’occupe de tout; je bois régulièrement tous les deux tours (1,020 km/tour). Je bois réellement mon litre par heure comme prévu,  avec en alternance, boisson énergétique, un peu de coca et de St Yorre. Je mange scrupuleusement ma barre d’amande à 2h30, 5h30, 8h30 … Je vais également chaque heure arroser un des peupliers qui jalonne un des côtés du circuit. Le circuit est très plat ; il y a juste le petit vent qui rafraîchit tant bien que mal ce qu’il faut tant il fait chaud. Avec la chaleur, je trempe ma casquette très régulièrement dans des bassines d’eau mises à notre disposition. Bref, tout est fait pour que tout baigne !!! Certes, le circuit est rendu exigeant par les nombreux virages parfois serrés (11 au total dont une épingle), mais il permet de croiser les autres coureurs régulièrement et de s’encourager mutuellement. Je fais un sourire systématique à Josianne car elle m’avait chambré la veille à la Pasta… J’encourage Guy, les deux Philippe, Fred, Fabien, Gilbert, Willy, Daniel et Sylvie, Jean Pierre, Gérard et bien d’autres par un sourire, un signe, un mot… Je regrette de ne pouvoir encourager individuellement tout les coureurs faute de ne pas les connaître suffisamment. Il ne devrait y avoir que des débardeurs ADDM avec le prénom inscrit dans le dos et des dossards avec le prénom ou surnom ; ça aiderait vraiment à mettre un prénom sur un visage. Désolé Marc ou Roger du forum, je ne sais toujours pas qui vous êtes…

Nous ne connaissons pas notre classement en course faute de panneau d’affichage en état de fonctionnement, mais ce n’est pas grave. C’est Willy RIGAUX qui m’apprend que je suis second après 7h30 de course soit 75km parcourus. A la dixième heure, je passe en tête, là, c’est Philippe LECLERC (le 4ème d’Aulnat) qui me le fait savoir. Je suis heureux à ce moment là de la course ; je pense à mon ami Stéphane HALBAUT qui avait vécu la même expérience à Aulnat, mais j’ai des doutes sur le classement car le premier (Fred GENTA 214km en 2007) avant que je prenne la tête de course était parti 1 km/h plus rapide sur les 5 premières heures…  Philippe me fait passer un petit carnet sur lequel son neveu (suiveur en l’occurrence) note les classements à chaque heure. Mais si je prends la première place au bout de 100 km, je sais que mes poursuivants directs  les deux Philippe W et L sont à moins d’un ou deux tours.

Deuxième leçon : quand tu pars pour 24h, tu ne dois te soucier du classement ; c’est avant tout ta course que tu dois gérer, pas te préoccuper de celle des autres coureurs.

Dominique P, une référence en la matière sur 24h, qui courait du côté de Montigny en Gohelle pour les CdF au même moment écrira dans son CR,  « sur 24h, ce n’est pas toi qui gagne la course, ce sont les autres coureurs qui la perdent… ». Sur ce coup, j’ai fait partie des autres.

Hélas, je ne serai pas franchement performant au delà des 100 premiers kilomètres. Peu de temps après les 11h20 de course, une petite douleur s’installe au niveau du tendon d’achille droit ; j’avais déjà connu ce type d’inflammation du tendon à Plouvorn l’été dernier, mais après 20h de course… alors je décide en accord avec Patrice de faire poser un strap. Je profite de cet arrêt pour me changer intégralement et je repars tant bien que mal, plutôt mal que bien d’ailleurs! Certes, mon tendon me gêne, mais ce n’est pas la cause majeure de ce qui suivra ; ce n’est en aucune façon une excuse pour moi. La vraie raison, elle est dans ce qui suit :  je conserve la tête de course je crois, mais je perds dans ma tête à ce moment là… Je me dis que je ne suis pas assez fort mentalement pour tenir un rythme digne de ce nom encore douze heures durant. La tête flanche, les jambes me lâchent. Je poursuis mon effort au delà de la quinzième heure de course, mais je n’avance plus. Je me fais violence pour tenir une moyenne comprise entre 5 et 6 km/h. Plus possible d’atteindre l’objectif des 200km…A la vitesse à laquelle je me traîne, il me faudrait entre 10 et 12h pour parcourir 60km ; il en reste un peu moins de 9... Patrice m’incite à faire un tour supplémentaire, je m’exécute et le fait en 8’43 (sursaut d’orgueil) mais je pars me reposer ensuite. Passage au massage, puis repos au dortoir; je suis impressionné par le nombre de coureurs présents à se reposer sur les matelas… Il est un peu plus d’une heure du mat. Guy me rejoindra un peu plus tard sur un matelas voisin. J’ai un peu froid et claque des dents quelques minutes, mais je sais que ce n’est pas de la fièvre.

Je me lèverai juste après six heures, il ne fait pas encore jour ; je n’ose pas réveiller Guy qui dort paisiblement. Je croise Josianne qui boitille un peu en raison d’une ampoule « mal soignée ». En sortant de la salle, je retrouve Patrice dans le hall d’entrée assis sur une chaise, il ne va pas fort non plus ; ce doit être vraiment difficile pour un suiveur sur 24h ; il me rassure en me disant qu’il a juste pris un peu froid. Je décide de repartir en marchant, et plus si possible. Il est 6h03. Le classement à la 20ème  heure de course vient d’être affiché; les deux Phil sont toujours un et deux, j’en suis sincèrement heureux pour eux. Je suis 13ème avec seulement 140,8km. Et là, après quelques mètres de marche, je me rend compte que je peux trottiner assez facilement, alors pourquoi s’en priver ! C’est reparti donc entre 7 et 8km/h ; je décide donc de ne plus marcher, la douleur au tendon avec des pointes dans le mollet persiste et m’empêche d’aller plus vite, mais est-ce bien important ? Je croise à nouveau les coureurs présents mais faut dire qu’à ce moment là, il doit y en avoir au moins autant dans le gymnase que sur le circuit. Je fais quelques tours avec Philippe W et son épouse qui même si il « souffre », ne lâche rien. Je demande à Dominique de faire une photo de ce moment où je me sens privilégié. A défaut d’avoir échoué dans ma tentative des 200km, j’aurai au moins la satisfaction d’avoir un peu aidé les copains. 22ème heure, j’ai repris deux place je crois. Je me dis que ce serait bien de chercher à rentrer dans les dix (c’est con, je sais… mais c’est un peu l’esprit compèt qui m’a toujours animé depuis ma plus jeune enfance lorsque j’étais encore un judoka capable d’aller à la « baston »…. Dieu que c’est loin tout ça…).

8h30 du matin ; je retrouve Anne Cécile, Salomé et Maïlys sur le circuit. Quelle bonne nouvelle !!! C’était pas prévu !!! Anne Cécile ne sait pas à ce moment là que j’ai craqué car elle me pensait toujours en tête avec les infos transmises par Dominique et Patrice au téléphone la veille au soir. Elle me demande si elle peut m’accompagner et je réponds par l’affirmative. Quelques hectomètres en tenue de ville ; pas terrible pour courir, je lui propose donc d’aller se changer et de finir avec moi. Affichage des résultats à la 23ème heure ; je suis dixième… C’est pas si mal !!! On se contente comme on peut n’est-ce pas !

Mais comme je suis bien, je continue ; depuis deux heures, ma vitesse moyenne horaire augmente sensiblement. Il y en a beaucoup qui marchent. Je n’ai aucune idée de mon kilométrage avec précision à ce moment là. Je profite de cette dernière heure pour saluer, encourager et remercier toutes les personnes présentes. Je fais mon dernier tour comme une balle ; sans aucun doute le plus rapide de tous les tours (moins de 5 minutes). Je croise le regard de Patrice au passage de la ligne qui me fait signe de continuer ; le pistolet vient juste de claquer une première fois. De ce fait, je rajoute 200m au compteur avant le coup de pistolet final.

Je m’assois sur le côté du trottoir en attendant le passage de l’officiel. Le soleil brille à nouveau, il fait bon au soleil. Anne Cécile et mes enfants sont là ; mes copains et copines ont gagné, chacun à leur niveau. Première satisfaction, je suis moins atteint physiquement qu’à Plouvorn ; là au moins, je peux me déplacer. Deuxième satisfaction, elle viendra un peu plus tard à la remise des prix ; je découvre que je termine premier senior et 6ème au général avec un kilométrage proche des 174,5 km.

Troisième et dernière leçon du jour : pas terrible de faire 74,5 km en 14h….après en avoir parcouru 100 en 10h.  La régularité, y’a que ça de vrai !!! Vous conviendrez qu’il me reste beaucoup à apprendre dans ce domaine sur 24h. Je pense que c’est un des secrets de la réussite… Je tâcherai de m’en souvenir pour ma prochaine tentative.

A+ Emmanuel

PS : à l’heure où je boucle ce CR, le vainqueur de Belvès et ses poursuivants directs ont probablement franchi la ligne. Encore une petite pensée pour ce petit monde de la course ADDM.

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